Soleil sur mon front.
Un jour, tombée en amour pour une voiture bleue velours,
Suis restée bêtement plantée les bras tout grands écarquillés.
Mes yeux ont crié: " Regarde-moi ! ", et deux flèches claires se sont plantées, là.
J’me suis penchée un peu craintive vers ces deux yeux clairs qui demandaient :
" Tu vas nous laisser longtemps plantés comme ça ? .
- J’ en sais rien, ai-je répondu, j’suis pas d’ici !
- Viens donc chez nous, dirent les beaux yeux, c’est bien, c’est doux, sauf que ça sent un peu l’ vieux . "
J’ai ramassé les deux yeux clairs, relevé le nez et vu la voiture bleue d’où une voix m’interpellait :
" Mademoiselle pourriez-vous m’aider ? Vous avez dans les mains quelque chose qui m’appartient. On fait un marché : si vous me les rendez, je vous laisse monter . "
Pas folle la guêpe : j’vais d’abord me pencher, rien qu’un peu, et rendre à la voix ses beaux yeux.
J’les aurais bien gardés , mais on m’a appris à ne pas voler.
Je m’suis approchée de la voiture et avant d’avoir pu parler, me suis sentie emportée.
Tout était bleu autour de moi : l’habitacle, les sièges, le toit. Vrai que ça sentait un peu l’vieux .
J’ai regardé à côté de moi : les yeux étaient toujours là, mais ce qui valait le détour c’est tout ce qu’il y avait autour.
Un teint hâlé, des cheveux courts, les yeux qui disaient : " On va faire un tour ? " .
J’ai attaché ma ceinture et j’ai souris.
D’abord elle sent pas l’ vieux cette voiture : elle sent l’ voyage, l‘ amour et l’ temps.
Comme mon légionnaire qu’est au volant.
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